La zone franche globale (ZFG) pour les TIC

Contribution de la Région Réunion
Dans le cadre des échanges relatifs au projet de mise en oeuvre de la zone franche globale, la Région Réunion a transmis la contribution suivante pour défendre l’intégration de la filière TIC :

Les TIC constituent pour La Réunion, plus qu’ailleurs, un véritable enjeu car elles sont un moyen de réduire les handicaps liées à son très grand éloignement. Leur développement a un impact tant sur les activités économiques que sociales. C’est pourquoi elles bénéficient depuis une dizaine d’années d’une politique de soutien adaptée, en vue de minimiser la fracture numérique, d’améliorer la compétitivité des entreprises, d’accompagner le développement de secteurs économiques porteurs et de créer un nouveau secteur, proposant des débouchés pour nos étudiants qualifiés.

- La filière TIC à la Réunion : une réalité et une promesse

L’objectif pour La Réunion est certes de parvenir à répondre à une partie des besoins de son marché intérieur, mais également et surtout de développer des produits susceptibles de s’exporter vers l’extérieur. L’ambition est, en particulier, de construire la première industrie de production de contenus audiovisuels et multimédia de la zone Océan Indien.

Les efforts des pouvoirs publics et en particulier de la Collectivité régionale se conjuguent dans ce sens : soutien à un pôle de recherche TIC, projet de création d’une école d’ingénieurs, aide aux entreprises, actions en faveur du développement du haut débit ...

Ainsi, dans un contexte de démocratisation de l’accès aux Technologies de l’Information et de la Communication, de développement progressif des usages et grâce à l’accompagnement volontariste de l’Etat, de l’Europe et de la Région Réunion depuis 2000 , la filière TIC réunionnaise s’est développée.

Elle représentait en 2006 environ 480 entreprises, plus de 5600 emplois et un chiffre d’affaires de plus de 1,065 milliard d’euros (hors France Télécom) . Si le nombre d’entreprise a crû de façon modérée, la filière TIC s’est considérablement consolidée au cours des 5 dernières années (renforcement du CA moyen par entreprise, augmentation de la masse salariale moyenne, augmentation des effectifs...) et a développé de nombreux projets innovants à forts potentiels (*). Toutefois, le nombre d’emplois dans la filière reste encore relativement faible par rapport au potentiel que la filière représente (rapport entre effectif salariés TIC et effectifs salariés total à la Réunion rapporté au même rapport en France).

En effet :

  • une grande partie des produits TIC (logiciels, développements et services) restent importés à la Réunion,
  • une partie des activités qui pourraient être générées par la filière TIC réunionnaise sont sous-traitées sur des territoires très proches, à plus bas coût de main d’œuvre,
  • le territoire réunionnais n’est pas encore assez attractif pour des entreprises de la filière TIC cherchant une implantation ou une externalisation (par exemple le siège régional de Microsoft est à Maurice, celui de Bull en Afrique du Sud...),
  • les jeunes Réunionnais ne s’engagent pas suffisamment dans un projet de création d’entreprise TIC à la Réunion (malgré le taux très élevé de création d’entreprises dans l’absolu).

- La ZFG en réponse à une menace pour les entreprises de la filière TIC

L’attrait de l’Océan indien comme région d’externalisation augmente par suite de l’accroissement de la demande des entreprises européennes, dont les besoins de délocalisation sont estimés à vingt pour cent de tous les services externalisés, avec un budget total qui devrait avoisiner les trente milliards d’euros dans les dix prochaines années. Ce mouvement d’externalisation ne bénéficie pas aujourd’hui à La Réunion. Bien au contraire, la filière TIC est menacée de sa propre externalisation vers l’Ile Maurice sa voisine, ou vers Madagascar qui montre également des velléités dans ce domaine (avec l’implantation d’activités de BPO et de plateaux d’appels).

Tout comme l’Inde, l’Ile Maurice draine une grande partie de ces marchés (développements informatiques et centres d’appels) en raison de ses bas coûts de main d’œuvre et de ses investissements ciblés dans les TIC. Par conséquent, l’île Maurice bénéficie d’investissements directs forts et de marchés de sous-traitance qui renforcent ses capacités d’exportation et confortent régulièrement les savoir-faire proposés par ses équipes. Madagascar pourrait s’inspirer de l’exemple mauricien, d’autant que cet état dispose d’un réservoir de main-d’œuvre autrement plus important. L’objectif de rendre le secteur des TIC éligible au projet de ZFG est d’endiguer cette hémorragie des savoir-faire pour la Réunion et d’encourager la production locale de services à valeur ajoutée.

- La ZFG, un outil de conquête de marchés, de développement de la filière TIC et de développement économique en général Les entreprises réunionnaises et l’université bénéficient d’un haut niveau de formation et développent un grand nombre d’innovations dans le domaine des TIC (*). Elles sont accompagnées par un dispositif incitatif de soutien à la recherche cofinancées par l’Etat, l’Europe et la Région Réunion. Grâce à ce soutien et à ce contexte favorable, des innovations à fort potentiel (certaines sont citées en fin de note) ont émergées mais elles restent au stade embryonnaire pour 3 raisons :

  • l’absence d’investisseurs privés (aucun business-angel réunionnais, frilosité du secteur bancaire) et la faiblesse des fonds propres des entreprises TIC.
  • la relative faiblesse des échanges entre l’université et les entreprises (faiblesse des budgets R&D des entreprises TIC, peu de projets de recherche sous contrat,...) qui doivent continuer à se développer et qui devraient s’accentuer grâce au projet presque abouti de création d’Ecole d’Ingénieurs TIC (ESSIT OI).
  • la difficulté à conquérir des marchés hors de la Réunion, difficulté due à la distance qui augmente les coûts de l’action commerciale mais surtout aux coûts de main d’œuvre qui ne permettent pas d’être compétitif dans l’Océan Indien.

Dans le cadre d’une politique globale d’accompagnement des TIC, La ZFG peut apporter des réponses à chacun de ces freins :

  • l’exonération d’impôt sur les sociétés TIC permettrait de conforter les fonds propres et améliorer les capacités d’autofinancement des actions commerciales et de R&D des entreprises innovantes, qui plus spécifiquement dans la filière TIC, sont de taille modeste.
  • l’allègement des cotisations patronales de sécurité sociale permettrait d’augmenter les effectifs salariés dans la filière, diminuer les coûts de main d’œuvre qualifiée et améliorer la rentabilité des entreprises (EBE / Effectif) et, de manière générale, renforcer l’attractivité de la filière TIC auprès d’investisseurs traditionnels de la Réunion.

Enfin, intégrer les TIC à la ZFG a un avantage indéniable pour toutes les PME de la Réunion. Les TIC sont en effet indissociables des différents secteurs de l’économie locale, agroalimentaire, tourisme, transport, environnement ou énergies renouvelables. La collectivité impulse le rapprochement entre les filières, croisement porteur d’innovation.

Par exemple, elle a lancé un ambitieux projet de plate-forme d’information et réservation touristique rassemblant l’ensemble des acteurs publics et privés du tourisme. La ZFG permettra donc d’accélérer l’intégration des TIC et donc l’innovation dans les entreprises locales grâce à des coûts avantageux et par conséquent d’impacter l’ensemble de l’économie réunionnaise.

(*) sans être exhaustif, exemples de projets qui ont des potentialités fortes de développement dans l’édition logicielle (binarysec-firewall ; orika-logicielsGD), dans les SVA (medialight-SVAmobiles ; archirun-Archivage elect.), dans la géo-localisation de données (RDTronic-GPS et données) ou dans la virtualisation des données, modélisation, avatars et mondes virtuels de type 2ndLife (NPCube et IREMIA, iCampus, eTIC, e-Guitar ; Megalitic, Réunion virtuelle ; ILOI-Cyberdome ; ).